L’industrie automobile n’est pas au bout de ses peines. Alors que les constructeurs font face à une pénurie de puces, ils doivent également composer avec un déficit de magnésium. Ce métal indispensable dans la fabrication de nombreux éléments de la voiture est produit essentiellement en Chine, qui depuis quelques mois a largement restreint sa production pour cause de crise énergétique. 

Le secteur automobile en état d’alerte 

Vers la fin du mois d’octobre 2021, l’ACEA ou Association européennes des constructeurs automobiles avertissait l’Union européenne d’une crise à venir portant sur le magnésium. Cette situation forcera les usines à arrêter leur production, mais affectera aussi les chaînes d’approvisionnement. Pour le moment, les constructeurs automobiles ne semblent pas trop inquiets. Certaines marques comme BMW affirment disposer encore d’un stock de magnésium suffisant jusqu’au début de 2022. Ce n’est toutefois pas le cas des équipementiers qui essaient déjà de trouver une alternative à une future pénurie en ce métal. 

Pour rappel, dans l’industrie automobile, le magnésium est devenu un composant indispensable dans la fabrication de différentes pièces auto de l’habitacle à l’instar du volant, de la structure de siège et celle autour des airbags, dans le réservoir. D’après Dera, une agence allemande des matières premières, ce métal est présent à raison de 4 kg par voiture. Il peut être utilisé à l’état pur ou bien mélangé à de l’aluminium. Le magnésium permet en effet de rendre l’aluminium plus résistant, mais aussi plus facile à usiner et surtout plus léger. Ce dernier impératif est d’autant plus important pour les voitures particulières et les utilitaires comme les camionnettes à moteur électrique. Les constructeurs sont dans l’obligation de les alléger au maximum pour compenser le poids de la batterie qu’ils embarquent. 

La vente de ce type de véhicule roulant à l’électricité est boostée depuis quelques années. Les utilisateurs plus soucieux de l’environnement préfèrent les nouveaux véhicules moins polluants, voire avec zéro émission de gaz à effet de serre, aux modèles diesel. D’ailleurs, l’État français finance en partie l’achat d’un véhicule électrique ou d’un véhicule neuf moins polluant grâce à la prime à la conversion. Ce bonus est accordé pour la mise à la casse d’une vieille voiture par une entreprise agréée. Il s’agit d’un service gratuit

La crise énergétique chinoise en cause 

La Chine monopolise le marché mondial en magnésium. L’Empire du Milieu assure 87 % de la production du magnésium primaire mondiale. D’ailleurs, les besoins de l’Europe dépendent à plus de 90 % de la production chinoise d’après une étude réalisée par la commission sur la résilience des matières premières critiques. Or, la production de ce minéral est très gourmande en énergie, ce qui pour le moment n’est pas vraiment compatible avec la situation chinoise. La Chine fait actuellement face à une crise énergétique sans précédent. 

La reprise économique post-Covid n’est pas étrangère à la pénurie d’électricité chinoise. Les industries ont dû augmenter leur production pour compenser leur mise à l’arrêt forcée durant les confinements et répondre aux fortes demandes de produits manufacturés chinois. En témoigne le PIB chinois en hausse de 12,7 % durant le premier trimestre de 2021. Les centrales n’arrivent toutefois pas à suivre ce regain d’activité.  

La production d’énergie en Chine est assurée à 57,7 % par des centrales à charbon, mais cette matière première manque. Le prix du charbon a triplé en un an et frôle désormais les 2 000 yuans soit environ 265 euros. En cause, les frictions entre l’Australie et la Chine. La Chine ne peut plus importer du charbon australien et doit se rabattre sur l’Indonésie et la Mongolie. La pandémie de Covid-19 a toutefois perturbé le trafic avec la Mongolie, ce qui se répercute sans surprise sur le prix du charbon. 

La crise énergétique chinoise fait également suite à l’encadrement du prix de vente de l’électricité. Pour éviter de produire à perte, les centrales restreignent leur production. Cette restriction fait également suite au souci de Pékin de se conformer à ses impératifs environnementaux. L’État chinois vise en effet la neutralité carbone en 2060. Pour atteindre cet objectif, il impose aux provinces du nord à réduire leur production d’électricité. Des villes entières entières sont privées d’électricité et les usines les plus énergivores sont contraintes de réduire leur consommation énergétique. 

Pénurie de matière première, quelles conséquences sur l’industrie automobile ? 

Le rationnement de l’énergie imposé par l’État chinois contraint les fonderies à réduire leur production de moitié. La production chinoise de magnésium est réduite de moitié. Parallèlement, le prix de cette matière première atteint désormais des sommets. Le prix du million de tonnes se négocie entre 10 000 et 14 000 dollars. Au début de l’année, le prix tournait aux alentours de 2 000 dollars. 

Bien que certains constructeurs automobiles ne semblent pas encore alarmés de cette éventuelle crise de magnésium, certains syndicats exigent des mesures urgentes. C’est notamment le cas des syndicats allemands du secteur sidérurgique. Ils recommandent vivement au Gouvernement allemand d’entamer dès à présent des pourparlers avec Pékin. Des mesures efficaces permettraient alors de prévenir une situation alarmante comme celle causée par la pénurie de semi-conducteurs, un matériau indispensable dans la fabrication des puces électroniques qui viennent équiper les autos.  

Les constructeurs automobiles ne se remettront de cette crise que vers 2023 selon le cabinet IHS Markit et devront alors freiner leur production. De son côté par exemple, Renault s’attend à restreindre sa production de 300 000 véhicules.

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